L’adolescence : une crise… ou une seconde naissance ?
- ivahnenkopol
- il y a 4 jours
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L’adolescence est souvent perçue comme une période de turbulences, une crise faite de conflits, de silences et d’incompréhensions. Pourtant, cette étape est bien plus qu’une simple phase difficile.
Selon Françoise Dolto, elle ressemble à une seconde naissance : un passage progressif où l’ado quitte peu à peu la protection familiale pour devenir un adulte autonome.
Comme à la naissance, où le bébé doit se séparer du placenta, organe vital mais temporaire, l’adolescent doit peu à peu se séparer de ses parents. Pas de leur amour. Pas du lien. Mais de leur façon de penser pour lui, de décider pour lui, de lui dire qui il est et comment il devrait vivre.

“Mais qu’est-ce qui s’est passé ?”
Et c’est là que ça devient difficile.
Parce que le parent continue souvent à voir son enfant comme celui qu’il était avant. Celui qui racontait tout. Celui qui avait besoin d’un câlin après une mauvaise journée. Celui qui acceptait encore les conseils, les règles, les explications.
Puis un jour, il y a des portes qui claquent. Des “laisse-moi tranquille”. Des silences à table. Un ado qui ne veut plus venir avec la famille, qui s’enferme dans sa chambre, qui lève les yeux au ciel à chaque phrase.
Et le parent se dit : “Mais qu’est-ce qui s’est passé ?”
Ce qui s’est passé, c’est qu’un enfant est en train de devenir quelqu’un d’autre.
Il ne vous rejette pas, il cherche qui il est
L’ado n’est pas en train de rejeter son parent. Il cherche à se construire. Il cherche à avoir le droit de penser autrement, de ressentir autrement, d’essayer, de se tromper, de se trouver.
Il ne rejette pas le mode d’emploi qu’on essaye de lui donner. Il veut simplement avoir le droit de fabriquer le sien.
C’est pour cela que l’adolescence s’accompagne souvent de changements de comportement, pas forcément d’une crise au sens où on l’entend habituellement. Cela peut prendre beaucoup de formes : une colère disproportionnée, un besoin soudain d’indépendance, une hypersensibilité, un besoin de rester seul, une envie de tout remettre en question.
Derrière tout cela, il y a souvent la même chose : un adolescent qui ne sait pas encore comment dire ce qu’il ressent. Et plus il se sent incompris, plus il peut devenir dur, agressif ou fermé.
L’adolescence transforme aussi le parent
Mais l’adolescence ne transforme pas seulement l’enfant. Elle transforme aussi le parent. Parce qu’elle réveille des choses chez lui : sa peur d’être rejeté, sa peur de ne plus compter, son besoin de contrôler, sa difficulté à accepter que son enfant fasse autrement que lui.
Elle peut réveiller ses propres blessures, ses conflits non résolus, ses peurs de parent. C’est souvent pour cela que certaines situations nous font autant réagir.
Un ado qui répond mal peut réveiller un sentiment de manque de respect.
Un ado qui s’éloigne peut réveiller une peur d’abandon.
Un ado qui prend des risques peut réveiller une peur profonde qu’il lui arrive quelque chose.
Et parfois, sans le vouloir, le parent essaie de calmer ses propres peurs en contrôlant davantage son enfant.
La parentalité consciente, ce n’est pas être parfait
La parentalité consciente, ce n’est pas être un parent parfait. C’est essayer de comprendre ce qui se joue chez son ado, mais aussi ce qui se joue en soi.
C’est être capable de se demander :
Qu’est-ce qui me fait si peur dans cette situation ?
Pourquoi cela me touche autant ?
Est-ce que je cherche vraiment à aider mon enfant… ou à calmer mon angoisse ?
Cela ne veut pas dire qu’il ne faut plus poser de limites. Au contraire.
Les adolescents ont besoin de cadre. Mais ils ont besoin d’un cadre qui protège sans écraser, qui guide sans contrôler, qui laisse de la place à leur individualité.
Ce dont les adolescents ont vraiment besoin
Quand un ado refuse de parler, il n’a pas toujours besoin de plus de questions. Il a parfois juste besoin de sentir que quelqu’un est là.
Quand il se met en colère, il n’a pas toujours besoin qu’on lui explique qu’il exagère. Il a souvent besoin qu’on reconnaisse que quelque chose est difficile pour lui.
Quand il prend ses distances, cela ne veut pas forcément dire qu’il n’aime plus sa famille. Cela veut souvent dire qu’il est en train d’essayer de devenir lui-même.
Une crise… ou un chemin à traverser ensemble ?
L’adolescence est un passage bouleversant, pour l’enfant comme pour le parent. Mais ce n’est pas une guerre. Ce n’est pas une bataille à gagner. C’est un chemin à traverser ensemble.
Et souvent, derrière les tensions, les conflits et les silences, il y a simplement un adolescent qui demande : “Aime-moi assez pour me laisser devenir moi.”


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